« Mourir par pudeur, c’est vraiment dommage »
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme. Pourtant, beaucoup hésitent encore à se faire dépister. Nous avons rencontré le Dr Camille Duport, spécialiste en urologie, pour faire le point sur l’importance de ce dépistage, ses modalités et les idées reçues qui l’entourent.
Le dépistage, c’est rechercher une maladie à un stade précoce pour pouvoir la traiter efficacement, plutôt que d’arriver trop tard, au stade métastatique. Pour la prostate, il s’agit d’un dépistage individuel, proposé par le médecin traitant ou demandé par le patient. Contrairement au cancer du sein ou du côlon, il n’existe pas encore de dépistage organisé.
Pour la population générale, c’est entre 50 et 75 ans. On arrête quand l’espérance de vie est inférieure à 10 ans, car les cancers de la prostate évoluent lentement.
Pour les hommes à risque – antécédents familiaux, mutations BRCA1/BRCA2 (liées aussi au cancer du sein et de l’ovaire), ou encore exposition au chlordécone dans les Antilles – le dépistage doit être plus précoce, parfois dès 40-45 ans, selon l’âge du cas le plus jeune dans la famille. Les populations antillaises sont particulièrement concernées. Enfin, l’apparition de symptômes urinaires (difficultés à uriner, sang dans les urines ou le sperme) justifie également un dépistage.
Le dépistage se fait chez le médecin traitant, dans le cadre du suivi annuel. Il comprend un toucher rectal et une prise de sang pour doser le PSA (antigène spécifique de la prostate). Les urologues ne voient que les patients dont le dépistage est anormal.
Non, il dure dix secondes et n’est pas douloureux. La peur est souvent plus grande que l’examen lui-même. Selon la morphologie, le patient est allongé jambes repliées, ou penché en avant si l’accès est difficile. Je rappelle aussi que l’obésité, le diabète, l’hypertension et le syndrome métabolique apparaissent comme nouveaux facteurs de risque.
Parce qu’un cancer de la prostate ne donne aucun signe au début. Quand des symptômes apparaissent, c’est souvent trop tard. Le cancer peut s’étendre aux vésicules séminales, au rectum, à la vessie ou aux os, parfois révélé par une fracture. Il ne faut pas confondre avec l’hypertrophie bénigne de la prostate, qui entraîne des troubles urinaires mais n’évolue pas en cancer.
Des biopsies sont réalisées sous anesthésie locale, guidées par échographie. Ce n’est pas douloureux, juste inconfortable. L’examen dure cinq minutes, les résultats sont rendus sous quinze jours et orientent la prise en charge.
Ce n’est qu’une prise de sang et un examen clinique. Dépister tôt, c’est éviter des traitements lourds et leurs séquelles sur l’érection et la continence. Ne pas vouloir savoir n’empêche pas le cancer d’exister.